Les diabétiques interdits d'Autolib'
Pour le Pr Patrick Vexiau, endocrinologue, "cette restriction est parfaitement injustifiée à partir du moment
où les diabétiques ont le droit de conduire leur propre voiture"
Alerté par une association de malades, le loueur de voitures électriques a
affirmé que cette restriction discriminatoire allait être supprimée.
S'agit-il d'un couac ou d'un excès de zèle de la part d'un juriste ?
Autolib', le service de location d'automobiles 100% électriques de Bolloré
et disponible depuis deux jours dans plus de 45 villes d'Île-de-France n'est
pas accessible aux malades prenant des traitements médicamenteux de "classe
2". Autrement dit, une liste qui comprend des molécules très courantes comme
les anti-dépresseurs ou les antidiabétiques (oraux ou insuline).
L'association française des diabétiques (AFD) dénonce cette situation
qu'elle qualifie de discrimination.
Une fois de plus, les gens ne
comprennent pas ce qu'est le diabète
, s'ingurge le président de l'AFD,
Gérard Raymond.
Je fais 60.000 kilomètres par an au volant de ma voiture et
j'ai même le bonus de mon assurance !
Cette situation est d'autant plus
incompréhensible que les diabétiques ont le droit de conduire des poids
lourds et qu'ils peuvent également louer des voitures chez les loueurs
traditionnels.
Pas de surprime d'assurance pour les automobilistes diabétiques
Murielle, 35 ans est diabétique.
Début novembre, elle a
participé aux tests avant la mise en service d'Autolib'.
C'est là qu'on lui
a demandé de certifier qu'elle n'est pas sous médicament de "classe 2".
Or je ne savais pas que l'insuline en faisait partie, raconte-t-elle.
J'ai déjà
loué chez Hertz par exemple et on ne m'a jamais rien demandé !
On peut être
responsable tout en étant diabétique, les deux ne sont pas contradictoires.
Là, on fait de nous des citoyens de seconde zone, ce qui est étonnant pour
un service censé avoir été pensé comme un service public.
Chez Hertz, on explique
qu' il n'y pas de restrictions de ce type. Le locataire doit être
en pleine possession de ses moyens et apte à la conduite en respect du code de la route.
Le Pr Patrick Vexiau, chef du service endocrinologie au
groupe hospitalier parisien Saint Louis-Lariboisière ne décolère pas.
Cette restriction est parfaitement injustifiée à partir du moment où les
diabétiques ont le droit de conduire leur propre voiture, confie-t-il. Des
études ont montré qu'il y a autant de risque d'avoir un accident de voiture
pour les automobilistes diabétiques que pour les autres.
Et le médecin, grand spécialiste du diabète de rappeler qu'il n'existe pas de prime supplémentaire d'assurance pour les automobilistes diabétiques.
La France compte 3 millions de diabétiques
Enfin, l'Agence du médicament précise que la "classe 2" n'existe pas mais le "niveau ", oui.
Il n'est
d'ailleurs pas logique de ne pas évoquer le "niveau 3", beaucoup plus
restrictif puisqu'il interdit aux patients qui prennent ce type de
traitements de conduire.
Contacté mardi par Le Figaro, Autolib' assure
découvrir que ses véhicules ne peuvent notamment pas être loués par des
diabétiques.
Une solution est à l'étude pour résoudre ce genre de
discrimination incompréhensible.
La France compte 3 millions de diabétiques
dont 500.000 vivent en Île-de-France.