Etiquetage alimentaire : les nouvelles règles européennes
Le Parlement européen souhaite améliorer l’étiquetage des denrées alimentaires.
Mais le principal obstacle vient peut-être des acheteurs, qui ne font pas toujours grand cas de l’étiquette !
Aux progrès de l’étiquetage devraient aussi correspondre les progrès de l’éducation du consommateur.
Pour lui donner le désir et les moyens d’apprécier l’information nutritionnelle...
Une procédure allégée
Une nouvelle réglementation sur l’étiquetage des produits alimentaires a été
adoptée par le Parlement européen et sera progressivement mise en
application dans les prochaines années.
Elle vise en particulier
l’amélioration de la lisibilité des étiquettes, l’information sur les
allergènes, sur la composition nutritionnelle des denrées alimentaires
transformées préemballées, sur l’origine des viandes, sur les modes d’achat
à distance du type Internet…
Au niveau européen, le souci de
l’étiquette ne date pas d’aujourd’hui.
Dans les 27 Etats membres de l’Union
(plus la Turquie), une enquête a testé pas moins de 37.000 produits
alimentaires
1.
Environ 85% d’entre eux avaient un étiquetage ou une
information nutrition au dos de l’emballage et 48% sur le devant du paquet.
Les enquêteurs délivraient plutôt une bonne note aux opérations
d’étiquetage.
Un vent d’optimisme peut même souffler quand on étudie
l’efficacité des étiquettes en laboratoire dans un petit groupe de
consommateurs
2.
Combinée à une séance d’éducation nutritionnelle, la
lecture des étiquettes se révèle productive : elle semble pouvoir diminuer
les excès d’apports énergétiques d’aliments de toutes sortes.
Vraiment utile pour le consommateur ?
Il en va sans doute un peu
différemment dans la vie réelle.
Les enquêtes déplorent souvent le manque
d’attention porté à l’étiquette.
Des expériences menées dans différents pays
montrent que les consommateurs ont une appréciation positive sur les
tableaux de composition nutritionnelle.
En pratique, ils leur accordent
cependant peu d’attention et ils ne les stimulent guère pour choisir des
aliments plus sains.
Les sujets les plus réceptifs sont ceux qui se montrent
très préoccupés, voire obsédés par leur santé
3...
Dans une étude
menée aux Pays-Bas, on a cherché à sensibiliser les spectateurs d’un cinéma
sur la contenance des canettes ou bouteilles de sodas
4.
On s’est aperçu
que l’information nutritionnelle et les recommandations sur les apports
caloriques n’avaient pas d’effet sur la consommation de boissons sucrées ni
sur le choix de "formats" plus petits…
Un peu partout en Europe,
on va donc disposer d’un étiquetage de plus en plus présent et performant.
Mais il semble qu’il ne suffise pas - même si c’est légitime - d’améliorer
l’information du consommateur.
Son éducation est tout aussi primordiale : il
faut arriver à lui faire prendre conscience de l’utilité de cette
information et à s’en servir pour lui-même !
Zoom sur les nouvelles règles
En quoi consiste la nouvelle réglementation sur l’étiquetage
adoptée par le Parlement européen et que va-t-elle changer pour le
consommateur ?
L’objectif est d’améliorer l’information du
consommateur et de mettre à sa disposition des étiquettes à la fois simples
et lisibles.
La nouvelle réglementation regroupe aujourd’hui les exigences
en matière d’étiquetage informatif et d’étiquetage nutritionnel.
Elle aborde
5 points majeurs :
- L’amélioration de la sécurité des personnes
souffrant d’allergie alimentaire est recherchée.
L’information sur les
allergènes les plus courants devient obligatoire sur les produits non
préemballés, ce qui est novateur.
Pour les produits préemballés,
l’obligation existait déjà, mais il est maintenant demandé que l’information
soit clairement mise en évidence dans la liste des ingrédients.
-
L’information sur la composition nutrition devra systématiquement figurer
sur la plupart des denrées alimentaires transformées préemballées, ce qui
est aussi une innovation importante.
Elle mentionnera les teneurs en
énergie, glucides, lipides, acides gras saturés, sucres et sel.
Depuis les
années 90, l’étiquetage nutritionnel était facultatif et seulement
obligatoire en présence d’une allégation nutritionnelle ou de santé.
-
L’origine des différents types de viande (porcine, ovine, caprine et
volaille) devra à terme être mentionnée, comme c’est déjà le cas pour le
bœuf.
-
L’information des consommateurs sera adaptée à l’évolution
des modes d’achat.
Pour les achats sur Internet ou tout autre mode de vente
à distance, il est fait obligation de fournir au consommateur, avant la
commande, l’accès à toutes informations sur les produits qu’il souhaite
acheter.
-
La lisibilité des informations devra être améliorée sur la
quasi-totalité des denrées alimentaires : taille minimale des caractères,
aspects de contraste, couleurs, etc….
La restauration collective et commerciale est-elle concernée ?
Le texte n’impose pas aux restaurateurs de fournir une information sur les menus et les plats proposés.
Par contre, il prévoit l’obligation pour les fournisseurs de la
restauration collective et commerciale de donner une information
nutritionnelle ou tout autre type d’information sur les denrées.
L’objectif
est d’informer au mieux tous les opérateurs de la restauration collective ou
commerciale sur les aspects nutritionnels des produits, la présence
éventuelle d’allergènes, etc.
Tous les produits qui sont remis préemballés à
la restauration collective et à la restauration commerciale sont visés.
Les
clients des restaurants et des cantines pourront être informés (s‘ils le
demandent) à partir des données mises à la disposition des restaurateurs,
mais cette information n’est pas prévue de manière systématique et
obligatoire.
Quand la nouvelle réglementation entrera-t-elle en application ?
Le texte du Règlement (UE) n° 1169/2011 vient d'être
publié au journal officiel de l'Union européenne le 22 novembre dernier.
Les
délais d’application seront relativement souples : étant donné les
évolutions importantes de la réglementation, il convient de permettre à tous
les opérateurs de se mettre en conformité avec elle.
Pour l’étiquetage
général, les nouvelles mesures deviendront obligatoires 3 ans après la
publication du texte.
Pour l’étiquetage nutritionnel, le délai sera porté à
5 ans, car il s’agit d’une évolution majeure avec obligation juridique.
Par
contre, les professionnels qui le souhaitent pourront commencer à appliquer
les nouvelles règles avant ces délais de 3 ans et 5 ans.
Pour l’étiquetage
nutritionnel, le passage à la nouvelle réglementation pourra se faire 3 ans
après la publication du texte, à condition de s’y conformer strictement et
de ne plus suivre les dispositions encore en vigueur.
Dr. Dominique
Baelde,
chef adjoint du bureau nutrition et information sur les denrees
alimentaires (DGCCRF), Paris
Références :
1. European Journal of
Clinical Nutrition, volume 64, n° 12, p. 1379-1385.
2. Journal of the
American Dietetic Association, volume 110, n° 7, p. 1094-1097.
3.
Appetite, volume 57, p. 148-160.
4. BioMed Central Public Health, volume
11, n° 438.
Source : © CERIN