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Santé et Internet : un cocktail explosif ?

Les sites de santé se sont multipliés ces dernières années.
Chacun peut désormais s'informer, pratiquer l'automédication, voire acheter des médicaments sans prescription médicale.
Zoom sur des pratiques pas toujours saines.


Comme il est tentant de se précipiter sur Internet pour vérifier d'où peut provenir ce mal de dos, cette migraine ou cette douleur lancinante dans la poitrine !
Vous et moi l'avons certainement déjà pratiqué, pour nous rassurer ou pour nous faire peur.
Plus de 60% des Français et 80% des 18-24 ans se sont ainsi rendus au moins une fois sur l'un des 84 sites médicaux français, totalisant à eux seuls 16 millions de visites uniques par mois, selon un sondage CSA.
Mais attention aux conséquences d'une information distillée sur le Web médical : Si je lis un truc sur Internet à propos de douleur à la tête, je m'imagine que j'ai un cancer du cerveau, raconte une internaute.
On peut en effet vite être happé par le verdict du diagnostic létal, d'autant plus si l'on est hypocondriaque.
Les sites médicaux, forums et blogs ne font qu'exacerber les angoisses de certains alors qu'il suffit de consulter son médecin traitant pour être rassuré.
Tous les internautes en mal d'information médicale ne développent heureusement pas une névrose puisque 73% d'entre eux disent consulter ces sites spécialisés dans le but de se faire une idée avant d'aller chez le docteur.

Allo, docteur Web ?

Est-ce à dire que les Français souhaitent prendre en main leur santé grâce aux solutions offertes par Internet ?
D'après un sociologue, le temps où le médecin de famille devinait un problème de santé à la façon dont son patient entrait dans son cabinet semble dépassé.
Effectivement, on fréquente de plus en plus les sites médicaux pour mille et une raisons différentes : pratiquer l'automédication afin d'économiser le prix d'une consultation, découvrir des solutions alternatives (médecine chinoise, par les plantes... ), comprendre un traitement, entrer en contact avec d'autres internautes éprouvant les mêmes maux, etc.
Cette volonté de se réapprôprier sa santé en faisant parfois fi du généraliste n'est pas forcément une mauvaise chose mais encore faut-il en comprendre les limites : Quand un patient arrive au cabinet avec une information erronée, c'est parfois difficile de le faire changer d'avis, explique ce docteur.
En parallèle, le fait de rechercher dans Google le nom d'une maladie associée au terme symptôme peut renvoyer vers des sites Web fantaisistes.
D'où la nécessité pour les internautes de repérer les sites sérieux via un label professionnel.
C'est chose faite depuis peu avec le HONcode, un label certifiant plus de 7.000 sites.
Parmi eux, il faut distinguer les plates-formes généralistes des blogs et forums spécialisés.

Généralistes ou spécialisés ?

Parmi les premiers, Doctissimo.fr fait office de référence, tant par le nombre de visites mensuelles (plus de 8 millions) que par son professionnalisme.
Doctissimo est très facile à lire explique une internaute tandis qu'une seconde apprécie le fait que ce n'est pas du jargon médical et qu'il conserve l'anonymat.
La plupart en profitent d'ailleurs pour recouper les informations en grignotant des infos à droite, à gauche.
De leurs côtés, forums et blogs spécialisés se renforcent.
Certains, créés par des associations de malades, se spécialisent sur une pathologie précise : diabète, cancer, sclérose en plaques, autisme, sida, etc.
Loin du déversoir aux angoisses des forums généralistes, ces sites permettent de créer du lien social autour d'une même pathologie, voire d'engager des projets en commun comme la circulation de modules éducatifs pour des enfants autistes, des propositions d'aide au quotidien pour les malades du sida, note la sociologue Sylvie Craipeau.
Ces forums et blogs permettent de redonner aux patients leur confiance et leur importance qu'ils semblaient avoir perdues à l'annonce de leur maladie.
De là à vouloir tout orchestrer par soi-même serait une grossière erreur.
La médication doit être contrôlée par le pharmacien ou le médecin traitant, en leur passant un coup de fil au besoin.
Il est fortement déconseillé de s'autodiagnostiquer puis vouloir acheter le médicament en ligne.
Les pharmacies sur Internet, le plus souvent basées hors de France, pullulent et proposent à des prix élevés et non remboursés à peu près tout et n'importe quoi.
C'est le cas de generic4all basé à Chypre qui propose en page d'accueil des remèdes contre le cancer, la dépression, le diabète, les ulcères, la tension, les allergies, etc.
Une sorte de foire à tout dont personne ne connaît le dosage exact des médicaments.
D'autant que le trafic de pilules et gélules contrefaites rapporte gros : en septembre, les douanes françaises ont saisi  2,4 millions de doses de faux médicaments, principalement du Viagra contrefait pour une valeur estimée à 5 millions d'euros.
Que vaut votre santé comparée à ces millions trop facilement gagnés ?
On vous laisse deviner la réponse.

Carnet de santé numérique

Vous l'avez compris, comme bien souvent sur Internet, le pire côtoie le meilleur.
Et en matière de meilleur, il faut se tourner vers Carenity.com, l'un des premiers réseaux sociaux consacrés aux patients et à leurs proches.
Créé en juin dernier, il se propose de mettre en relation des patients souffrant de pathologies similaires tout en les faisant dialoguer de manière confidentielle.
Une jeune femme atteinte de sclérose en plaques apprécie le côté médicalisé du site, avec la possibilité de voir le traitement des autres.
L'inscription est gratuite et l'anonymat est respecté sous la forme d'un pseudo.
Chaque nouveau membre doit néanmoins remplir un questionnaire qui viendra alimenter son futur carnet de santé numérique (traitement en cours, profil de santé, etc.) de manière à concevoir des graphiques à présenter éventuellement à son médecin traitant.
Carenity récolte les données de ses membres dans le but de les agréger pour les proposer à des laboratoires ou centres de recherche.
Une manière de financer ce réseau sans toutefois se vouloir trop proche de l'industrie pharmaceutique.
Autre exemple vertueux, il existe aux États-Unis de nombreux programmes éducatifs en ligne (Healthmedia, UcanPoopTo, ECouch...) développés par des universités afin de venir en aide à diverses pathologies (pipi au lit, dépression, insomnie, etc.).
Après versement d'une somme modique, les patients reçoivent des modules éducatifs et doivent répondre à des questionnaires afin d'évaluer leurs progrès.
Ces initiatives sont suivies de près et scrutées à la loupe par le gouvernement américain car s'occuper de patients par ce biais revient évidemment moins cher à la société.
A quand un système équivalent en France ?

Article de Stéphane Philippon paru sans Internet Pratique n° 127 de janvier 2012

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