"Bien manger" : plaisir ou santé ?
Qu’est-ce que bien manger pour les Français ?
Les réponses varient selon les époques, sur des périodes très courtes,
révèle une étude du Crédoc(*) qui a analysé, à quelques années d’intervalle - 1988, 1995 et 2007 -,
le vocabulaire employé par les consommateurs.
Les représentations de l’alimentation ont changé : la dimension
plaisir reste présente mais elle s’atténue au profit de la dimension santé, liée à une idée plus "fonctionnelle" de l’alimentation...
En 1988, quand on parle alimentation, on énumère ce qui doit composer un
repas complet.
Bien manger, c’est entrée, plat de viande, légumes, fromage, salade,
dessert...
En 1995, le vocabulaire change : on parle du plaisir de manger, de préparer
les mets, de les déguster...
Avec une dimension de convivialité.
Bien manger, c’est savourer un bon plat, avoir plaisir à le faire et à le
manger avec d’autres ...
En 2007, la notion de plaisir se rétrécit : on pense un peu plus aux
rapports de l’alimentation et de la santé.
Bien manger, c’est manger équilibré, être raisonnable, faire attention...
On parle fruits et légumes, eau, sucre, féculents.
On cite moins la viande, le fromage, le vin.
Les sociologues de l’alimentation y voient le poids des discours
nutritionnels restrictifs et observent un certain "désenchantement"...
Depuis 1995 en effet, le discours nutritionnel pénètre l’opinion publique.
On parle protéines, glucides, lipides, vitamines.
En 2007, on insiste sur la notion de quantité, de suffisant, de raisonnable,
d’équilibré.
On emploie de plus en plus les mots "éviter",
"grossir"...
Pour autant, le plaisir de manger et surtout la convivialité ne s’effacent
pas.
Le plaisir d’aller au restaurant, de sortir du quotidien se perpétue.
Seule l’exigence sur la qualité des aliments et des produits, très forte en
1995, semble s’effacer.
Au total, la dimension santé de l’alimentation progresse, surtout chez les
plus jeunes.
"On remarque une nette harmonie entre les messages diffusés et le
vocabulaire employé"
par les consommateurs, observent les chercheurs.
L’idée de l’alimentation devient plus fonctionnelle, liée à des notions
médicales.
Pas de quoi se réjouir forcément : car ces notions sont complexes et, de
plus, brouillées par les messages publicitaires.
Les sociologues parlent de cacophonie nutritionnelle.
De plus en plus de gens voient l’alimentation comme un problème et une source d’angoisse.
La demande de conseils médicaux pour bien manger est en hausse.
La recherche de la santé ne devrait pas faire oublier le bon sens, légué en principe par la tradition, en même temps
que la recherche du plaisir...
(*) Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.
Cahier de recherche n° 252
Source : © NUTRINEWS