L’UFC-Que choisir dénonce des abus tarifaires sur les produits alimentaires bruts et peu transformés
L’UFC-Que Choisir rend publique une enquête accablante sur les prix des produits alimentaires peu transformés,
qui démontre que durant les derniers mois, les industriels et les distributeurs n’ont pas répercuté la baisse
des prix agricoles sur les étiquettes.
Pour remédier aux abus, elle formule une proposition simple et concrète :
l’instauration d’un mécanisme de coefficient multiplicateur.
"Prix alimentaires en France : Face aux abus tarifaires, un coefficient
multiplicateur s’impose ! "
102 associations locales de l’UFC-Que Choisir ont
relevé dans 1 250 magasins les prix en rayon de trois produits peu
transformés [1], dont la matière première agricole constitue une part
prépondérante, et les a comparés au prix agricole les composant. Le résultat
est sans appel !
Les prix agricoles de la volaille, du porc, et du lait sont respectivement
de 2,11€, 1,34€ et 0,29€.
En rayon, les prix moyens de l’escalope de poulet,
de la côte de porc et de la brique de lait, sont respectivement de 11,87€,
6,54€, 0,75€, soit des différentiels considérables qui exigent une
explication.
Alors que les enseignes enquêtées étaient invitées à s’expliquer sur la
formation de leur prix, seules 20 % ont répondu et encore, la très grande
majorité d’entre elles ont donné des réponses génériques, souvent
coordonnées et parfaitement insatisfaisantes.
En matière de prix
alimentaire, l’opacité reste la règle !
L’opacité de la formation des prix : la preuve par le verbatim des réponses
de la distribution
"Nous vous conseillons de prendre contact avec notre centrale d’achat".
"Si vous souhaitez avoir des éléments de réponse sur les achats, les
marges, nous avons répondu positivement à la demande de la Direction
Générale de la Répression des Fraudes (Dgccrf) sur la transparence des
marges concernant les produits laitiers.
Les éléments ont été communiqués à
la Dgccrf, merci de vous adresser à eux" .
"Les questions que vous nous adressez trouvent largement leur réponse dans
les récentes publications de l’Observatoire des Prix et des Marges".
"Nous souhaiterions discuter de la validité de votre relevé de prix ".
"Toute publication (de nos prix) aurait des effets anticoncurrentiels avec
un effet négatif sur les prix".
"Globalement, sur les trois familles de produits, nous avons constaté des
fluctuations de plus en plus importantes des prix des matières premières,
dans l’amplitude comme dans la fréquence.
Mon rôle de commerçant est
d’amortir ces fluctuations pour le client final, afin de lui garantir une
compréhension et une cohérence des prix ".
"Sur l’ensemble de ces trois familles de produits, je constate une
diminution significative de ma marge depuis deux ans, phénomène qui est
d’ailleurs encore accentué par l’augmentation importante des volumes vendus
à des prix promotionnels ".
"Nos prix d’achats sont confidentiels ".
Mais une étude plus approfondie révèle la progression de marges injustifiées
: industriels et distributeurs profitent des variations de prix agricoles,
plus particulièrement des baisses, pour accroître fortement leurs marges.
S’agissant du lait, entre septembre 2007 et septembre 2009, le prix payé à
l’éleveur a baissé de 7%, mais pour le consommateur, nos relevés démontrent
que le prix de la brique de lait Candia a augmenté de 5 %.
Pire, la brique
de lait à marque distributeur a, elle, augmenté de 11% [2] !
Le lien entre
prix agricole et prix en rayon n’existe donc qu’à la hausse, jamais à la
baisse !
Alors que le pouvoir d’achat des Français est en berne, ces pratiques de
prix inadmissibles des industriels et de la grande distribution sont
d’autant plus préjudiciables que le budget de l’alimentaire représente, en
moyenne, pas moins de 15,5% du budget des consommateurs.
Refusant que de tels abus perdurent, l’UFC-Que Choisir propose une mesure
concrète : l’extension du coefficient multiplicateur, applicable aux fruits
et légumes, à tous les produits bruts ou peu transformés, et au minimum pour
les viandes fraîches de bœuf et de porc.
Le principe consiste à calculer le prix de vente maximal, en multipliant le
prix agricole par un coefficient défini conjointement avec les
professionnels, sur la base de l’historique hors période de crise.
Ce
dispositif est adaptatif en cela qu’il permet aux professionnels de
répercuter les hausses des matières premières.
Il préserve en outre les
intérêts des consommateurs puisqu’il oblige à baisser les prix en rayon lors
des baisses des cours agricoles.
Les demandes de l’UFC-Que Choisir pour un coefficient multiplicateur sur les
produits alimentaires bruts et peu transformés
L’extension d’un dispositif existant déjà pour les fruits et légumes :
* Introduit par la Loi du 23/02/2005 relative au développement des
territoires ruraux.
* Sur la base d’une concertation entre la filière agricole et la
distribution.
* Sa durée d'application ne peut excéder trois mois.
* Même s’il n’a jamais été appliqué concrètement, son existence a incité la
distribution à maintenir ses marges à un niveau raisonnable.
Une application à des produits bruts et peu transformés :
Pour ces produits (ex : viande de bœuf, volaille, lait, etc ...), la part
de la matière première agricole est importante dans le prix final.
Modalités pour la mise en œuvre du coefficient multiplicateur :
La mise en oeuvre doit être décidée dans le cadre d’une concertation entre
l’ensemble des parties prenantes concernées : administrations, professions
agricoles, industrie, distribution et consommateurs. Nous proposons que
l’Observatoire des Prix et des Marges constitue cette instance de
concertation.
Les principes directeurs pour la mise en œuvre :
* Le coefficient est mis en place, suite à une alerte sur l’existence d’une
évolution injustifiée des prix en rayon au regard de l’évolution des prix
agricoles.
* La valeur du coefficient multiplicateur est définie sur la base de
l’historique des prix agricoles et des prix en rayon, hors période de crise.
* La mise en place du coefficient multiplicateur ne constitue pas la règle,
mais bien l’exception, lors des situations considérées comme exceptionnelles
et transitoires.
La décision de le mettre en place n’est nullement
obligatoire, elle résulte de la négociation entre les parties prenantes. Son
utilisation est limitée dans le temps.
Décidée à remédier aux graves dysfonctionnements du marché préjudiciables à
la collectivité des consommateurs, l’UFC-Que Choisir a saisi les
parlementaires en leur demandant d’agir pour mettre en place dans les plus
brefs délais ce coefficient multiplicateur.
Références :
1. L’enquête a été réalisée par les bénévoles de l’association entre le 26
septembre et le 10 octobre 2009 auprès de 1 250 magasins. Elle a consisté à
relever le prix du filet/escalope de poulet (conditionnement par 2) pour la
marque nationale « Le Gaulois » (569 relevés), les marques de distributeurs
(MDD : 755 relevés), celui de la côte de porc (conditionnement par 2) pour
les produits MDD et sans marque (1 157 relevés), et celui de la brique de
lait 1 L 1/2écrémé pour la marque nationale Candia (882 relevés) et les MDD
(1246 relevés).
2. Sources : FranceAgrimer et INSEE (en corrigé des variations
saisonnières), et relevés UFC-Que Choisir (sept. 2007 et sept. 2009).