Le cerveau a une grande avidité pour les oméga-3
Les oméga-3 n'ont aucune difficulté à se frayer un chemin jusqu'au cerveau.
En effet, malgré leur taille appréciable, ces molécules ont une capacité de franchir la barrière hémato-encéphalique
- la structure anatomique qui régit le passage des molécules du sang vers le cerveau
- comparable à celle des somnifères ou anxiolitiques.
Des chercheurs de la Faculté de pharmacie et du Centre de recherche du CHUQ,
Mélissa Ouellet, Vincent Émond, Carl Julien et Frédéric Calon, et cinq
collaborateurs du Canada, de France et des États-Unis en font la
démonstration dans une récente édition de Neurochemistry International.
Ce n'est pas une surprise, mais nous avons réussi à le démontrer en
utilisant une méthode reconnue, précise Frédéric Calon. Cette
caractéristique des oméga-3 constitue un atout pour leur utilisation dans la
prévention des maladies du système nerveux central comme la dépression, l'alzheimer
ou le parkinson
.
Les oméga-3 sont des acides gras à longue chaîne qui proviennent de
l'alimentation, principalement des poissons gras.
Leur abondance dans l'alimentation influence la composition des membranes des neurones du
cerveau et modifie certains aspects de leur fonctionnement (fluidité
membranaire, signalisation cellulaire, expression des gènes).
Comme le corps humain est incapable de synthétiser les oméga-3 à partir de molécules plus
simples, ils doivent forcément franchir entiers la barrière
hémato-encéphalique pour atteindre le cerveau.
Les chercheurs ont étudié la
diffusion des deux principaux oméga-3, le DHA et l'EPA, chez des souris de
laboratoire afin d'établir à quel rythme et sous quelle forme ils
parviennent à le faire.
Leurs expériences ont révélé que ces deux oméga-3 possèdent un coefficient
de diffusion qui se compare à celui des Valiums, un médicament qui franchit
facilement la barrière hémato-encéphalique.
Même en augmentant significativement la concentration d'oméga-3 dans le sang, les chercheurs ne
sont pas parvenus à atteindre un point de saturation.
Ceci suggère qu'il n'y a pas de mécanisme actif pour transporter les oméga-3 vers le cerveau et
que ce passage se fait par simple diffusion
, commente le professeur Calon.
Paradoxalement, le coefficient de diffusion du DHA diminue avec le temps
chez des souris soumises pendant 17 mois à une diète riche en DHA.
L'explication la plus plausible est que cet apport modifie structurellement
la barrière hémato-encéphalique et diminue sa perméabilité au DHA.
Il s'agirait d'un mécanisme adaptatif pour ralentir le passage de ce type
d'oméga-3 vers le cerveau une fois que celui-ci en a fait ample provision,
proposent les chercheurs.
Au terme des 17 mois de régime enrichi en DHA, le
cerveau des souris contenait 29 % moins d'oméga-6 et 26 % plus d'oméga-3.
Ceci démontre bien à quel point le cerveau est avide d'oméga-3
, souligne
Frédéric Calon.
Par Jean Hamann - Journal de la communauté universitaire - Volume 45,
numéro 22 - 18 février 2010
Source : Université Laval